Comment écrire un blues ?

Vous rêvez d’être un bluesman mais vous êtes malheureusement nés en France. Ne vous inquiétez pas ! What Generation vous donne vingt règles à respecter pour écrire votre meilleure chanson blues. Il vous suffit de les suivre à la lettre !

Comment écrire un blues ?

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Adoptez dès aujourd’hui un comportement blues


1) Tout d’abord, vous vendrez plus de disques si vous avez un handicap physique. Seront avantagés les aveugles, unijambistes, et les cicatrisés sur le visage

2) Le français ne correspond pas au blues. Apprenez d’abord l’américain.

3) Si vous avez une arme à feu, allez jusqu’à Memphis et abattez un homme. Mieux, regardez-le mourir à Reno. Vous insérerez cette anecdote dans votre texte comme un élément banal.

4) Les moyens de transport :

– privilégiez le train, si possible à des heures tardives, comme à minuit par exemple. Vous ne serez pas pénalisé si vous êtes en avance à la gare. Au contraire, vous pouvez toujours en faire une ligne, voire deux si vous la répétez : « i hear a train a-comin’, i hear my train a-comin’».

- Les bus fonctionnent aussi. Ne prenez pas des compagnies européennes comme Eurolines. Préférez le style Kerouac : utilisez les bus greyhound, et faites des allers retours entre New-York et San Francisco.

- Oubliez les Fiat Punto, Renaut Mégane ou Citroen zx, une chanson blues ne fonctionne qu’à bord d’une seule bagnole : la Cadillac.

5) Vos lieux de fréquentations : vous ne pouvez pas faire un blues dans un centre commercial, sur la plage, ou sur la terrasse d’un café. Insistez sur le fait que vous êtes mobile, sans attache : fréquentez davantage les trains, ou traversez de nuit une autoroute au volant de votre Cadillac.

Séjournez quelques semaines dans un whiskey bar. Mieux, partez faire quelques concerts en prison.  Si vous êtes plutôt fainéant, restez dans votre lit en précisant que c’est un lit double et que vous êtes célibataire depuis tôt le matin.

Une activité blues : suivre à pied les rails du train.

6) Rajoutez à votre train de vie des éléments blues : mangez des oranges, roulez des cigarettes avec des tickets de caisses. Restez le plus souvent seul. Et sale. Enlevez-vous de l’esprit toutes stratégies entrepreneuriales. Un bluesman erre dans les rues d’une ville. Il n’a pas de but précis si ce n’est que de retrouver la femme qui l’a quitté, d’aller tuer quelqu’un à Memphis, ou d’écouter le son du train depuis sa cellule de prison.
Vous pouvez varier les scènes de crimes. Les endroits blues pour abattre un homme sont les rives du Mississipi, une rue sombre de Chicago, et n’importe quel parking, pourvu que la lumière soit faible

7)      Vos sources de revenus : restez pauvre dans la mesure du possible. Garder quelques dollars dans votre poche, ça pourra vous servir pour l’écriture d’une strophe, voire d’un refrain (« got a silver dollar in my back pocket » par exemple).  Vous ne pouvez pas faire un blues si vous touchez le RSA.

8)      Vos activités sportives : pas de tennis, football ou autre sport de combat. Le sport blues reste la marche à pied : si vous êtes débutant, marchez le long d’une voie ferrée. Au bout de quelques mois de pratiques, corsez l’exercice en portant  une guitare sur le dos. Mais suivez toujours les rails. Vous pouvez vous servir de cette image pour un éventuel clip.

9)      Vos noms et prénoms : votre statut de bluesman perdra en crédibilité si vous vous appelez  guillaume, Stéphane, julien, ou pire, Jean-Philippe.  Les deux noms qui ressortent le plus dans un blues sont Joe et Billy. Pour mettre toutes les chances de votre côté, faites-vous carrément appeler Billy Joe.

10)      Le nom de la femme qui vous a quitté : Idem,  pas de Chloé, Alexandra ou Céline. Non, essayez  plutôt des prénoms qui finissent en i, tels que Bessy, Jessy, Minnie, Abby, Andie, Betty, Brandy, Margie, Angie ou mieux, Sadie.

11)      Vos boissons alcoolisées : si vous êtes amateur de Bacardi coca, vodka pomme ou vin blanc de l’épicerie de nuit, ça ne vas pas.  Habituez-vous plutôt au whiskey (sans coca, sans glaçons et irlandais (irish whiskey), au bourbon ainsi qu’au vin rouge.  Vous pouvez aussi boire l’eau du Mississippi.

12)      Le code vestimentaire : débarrassez-vous de votre costume cravate. Enfilez plutôt un jean. Voire un Blue jean.  Un t-shirt sale, voire une chemise à carreaux. Des chaussures trouées mais avec de bonnes semelles.

 

Rédigez votre texte blues

13)       Le titre de votre chanson : Beaucoup de titres commencent par « ballad of » ou « song of ».  Si vous n’appréciez pas ce genre de formulation, notez tout de même que votre titre doit contenir des mots-clefs comme « blues, morning, baby, midnight, Mississipi, leave , ain’t », etc.

14)      L’accroche du texte : la plupart des chansons blues commencent par « woke up this mornin’ ». Le morceau peut éventuellement commencer par une bonne nouvelle, à la seule condition d’annuler cet effet dans la ligne qui suit. Exemple :

I got my woman on my side. (J’ai une femme à mes côtés)
She left me home this mornin’. (Elle m’a quitté ce matin)

N’hésitez pas à répéter les phrases-clefs une à deux fois.

 

La plupart des chansons blues commencent par "woke up this morning"

15)   Tout au long de votre chanson, montrez à votre auditeur que vous êtes fidèle à l’attitude blues. Pour cela, débrouillez-vous, en constituant votre histoire,  pour insérer une série de mots-clefs blues, dont voici les plus célèbres :  shotgun, town, please don’t go, a farm, million miles, a silver dollar, riders, i got the blues, give me the blues, all night long, my woman,  a train, crossroad, ramblers, jesus, etc.

Pimentez votre poésie avec des phrases slogan : “I gun nobody down”(je n’ai tué personne), « slow your mustang down » (ralentis ta mustang) , ou encore  “the night life, it ain’t no good life, but it’s my life (la vie nocturne, ce n’est pas un bon mode de vie, mais c’est le mien)”

16)   La structure de votre chanson.  La particularité du blues est qu’il n’y a pas d’happy-ending. Une chanson blues commence avec un postulat négatif et se conclue de manière d’autant plus pessimiste. Exemple : vous êtes seul et vous aimez une femme. Vous finissez la chanson : vous êtes toujours seul et la femme vient de se marrier avec le révérend Jackson.

17)   Insistez sur une mauvaise grammaire : la double négation n’est pas pénalisée, au contraire :   « i can’t be no satisfied », « it ain’t no good life ». Faites des raccourcis :   »ya », « y’all », « wanna », « gonna », et insérez les dans des phrases : “all ya wanna do is ride aroun’ « .

Les conventions grammaticales du blues exigent d’ôter le sujet personnel. Dès lors, ne dites pas « i drove my cadillac ». Dites plutôt : drove my cadillac. (Egalement : « went down the road » , etc.)

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Respectez l’accompagnement musical adéquat

 

Une guitare, votre voix et vos pieds.

18)   Achetez une guitare : vous n’aurez besoin d’apprendre que trois accords : E7, A7, et le B7 que vous jouerez en boucle en Mi. Cela vous donnera quelque chose comme ceci :

Jouer  

 

19)   Munissez-vous d’un harmonica (il y en a à 3 euros chez Lidl). Quand vous avez répété une strophe,  soufflez dans la case 3 et aspirez dans la case 4. Cela vous donnera quelque chose comme ceci :

Jouer  

 

20)   Servez-vous de votre pied. Battez-le contre le sol en suivant la rythmique de la guitare.

Exemples en vidéo : l’esprit blues

 

Howlin Wolf est certainement le blues man le plus connu. Ce dernier livre en 1951, une performance assez particulière. Avant de démarrer la chanson, Howlin Wolf moque son audience, en relatant qu’il existe bel et bien quelques conditions sociales à respecter pour acquérir le statut du parfait bluesman :

« Beaucoup de personnes se demandent ce qu’est le blues. Je vais vous dire moi, ce qu’est le blues : Vous n’avez pas d’argent ? Vous avez le blues. Vous n’avez toujours pas d’argent pour vous payer votre loyer ? Vous avez toujours le blues. Si vous ne pouvez pas vous payer votre loyer ni même de quoi manger, c’est sur, vous avez ce putain de blues. Dès que vous pensez au diable, vous pensez au blues »

Cette deuxième vidéo témoigne particulièrement bien de l’attitude – pour ne pas dire marketing blues, que les musiciens doivent adopter afin de fidéliser leur audience. Nous sommes au Royaume-Uni en 1963 : le brillant blues-man Sonny Boy Williamson vient donner une petite prestation live…plutôt efficace. Suite à une une brève présentation,  Sonny Boy arrive sur scène avec quelques dents en moins, un chapeau, une mallette et un parapluie. Un bel exemple de l’esprit blues. Vient ensuite, cet excellent morceau :


Mise en application : écrivez votre propre chanson blues

Vous avez maintenant toutes les règles en main pour écrire votre blues. Pour vous aider dans votre démarche, voici une proposition de chanson blues :

Messin’ with Sadie’s Blues

 

Woke up this mornin’,

My baby was gone

Hear a train a-leavin’

And sadie left me home

(soufflez dans votre harmonica)

I walked down a mile away

Headin’ to the whiskey bar

I heard a shotgun in the alley

and I couldn’t go so far

(soufflez dans votre harmonica)

Coz’ I saw saddie’s body down

They gunned down my baby

No no they gunned down my baby

(soufflez dans votre harmonica)

With a few silver dollars

I walked down the bar

from the bottom of my whiskey glass,

I saw Sadie body down

(soufflez dans votre harmonica)

Woke up this mornin’,

Said, my baby was gone

Woke up this mornin’

And sadie left me home

Une autre alternative : le sampling

 

Comment écrire un blues ? Vous avez maintenant toutes les règles en main. Si malgré toutes ces indications, vous ne parvenez toujours pas à réaliser votre chanson blues, faites comme le rappeur Nas. Samplez un des meilleurs morceaux de blues, comme par exemple le titre Mannish Boy du célèbre bluesman Muddy Waters, et faites chanter votre propre père dès le début du morceau.
Il faut néanmoins que votre géniteur soit, tout comme le père de Nas, né sur les rives du Mississippi et ayant déjà eu, si possible, une carrière dans le blues, ce qui n’est pas chose facile.

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(Billet inspiré de Memphis Earlene Gray)

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